Banques ivoiriennes : ce manque d’intérêt pour l’innovation

Daouda Coulibaly est directeur général adjoint de la Société ivoirienne de banque (SIB), filiale du Groupe Attijariwafa Bank.

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En apparence dynamique, le marché bancaire ivoirien (banques ivoiriennes) reste modeste comparé à celui du nigeria ou du Kenya, voire du Ghana – pour ne citer que des exemples subsahariens. Le taux de bancarisation serait compris entre 7 % et 10 %. ce faible niveau contraste avec le nombre significatif de banques, une vingtaine à ce jour.

Pourquoi la Côte d’Ivoire, locomotive de l’union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tarde-t-elle à atteindre une bancarisation équivalente à celle des pays cités plus haut (supérieure à 30 %) et à voir émerger des banques capables de rivaliser avec les établissements marocains ou nigérians ? Les réponses sont multiples et de plusieurs ordres.

Permettez que je cite celles qui sont les plus importantes à mes yeux.

Historiquement, le marché a été dominé pendant plusieurs décennies par un quatuor à l’actionnariat principalement français. Ces banques, qui seront presque toutes cinquantenaires l’an prochain, ont à un moment donné adopté une
stratégie identique : accompagner principalement les multinationales, accessoirement les grands groupes locaux fiables ainsi que quelques fonctionnaires.

Les banques ivoiriennes gagneraient à ne pas laisser le mobile banking aux mains des opérateurs de téléphonie.

Fortes de cette stratégie qui a longtemps été rentable, elles ont, à certaines périodes, réduit leurs réseaux. Dans plusieurs zones, la première agence se situe ainsi à des dizaines de kilomètres du chef-lieu. Les pays comparables à la Côte d’Ivoire ont tous un ou deux, voire trois champions locaux dont la stratégie est totalement différente de celle du quatuor ivoirien. On peut citer la Ghana Commercial Bank, la Kenya Commercial Bank, l’United Bank for Africa et l’Access Bank au Nigeria… au lieu de se disperser, avec des participations minoritaires ou majoritaires dans plusieurs banques, l’État aurait pu encourager la naissance d’un champion public.

Des problèmes plus concrets se posent également, comme ceux liés à l’identification et à l’adressage, qui n’ont pas favorisé la bancarisation. Ou les difficultés d’organisation du foncier, alors que les titres fonciers auraient pu jouer un rôle majeur de garantie en vue de l’octroi de crédits. Le retard pris dans la mise en place du Groupement interbancaire monétique (GIM) de l’UEMOA freine en outre l’utilisation des cartes bancaires, qui peuvent contribuer au développement de la bancarisation. Pour l’heure, un retrait à un guichet autre que celui de la banque émettrice est considéré comme un retrait international avec des frais afférents.

Plutôt que de trouver des solutions innovantes pour pénétrer des milieux comme l’agriculture – fondement de l’économie ivoirienne -, les transports ou le commerce, les banquiers y accordent peu d’intérêt. Les étudiants, les retraités, les travailleurs immigrés, la diaspora sont des populations demandeuses d’innovation.

Les établissements du pays gagneraient à ne pas laisser le mobile banking aux mains des opérateurs de téléphonie, dont le but premier est d’accroître leur part de flux. elles devraient s’inspirer de l’exemple des banques kényanes. Quant aux nouveaux entrants dans le paysage bancaire national, qui auraient pu être moteurs d’innovation, ils se contentent de copier-coller les stratégies existantes. Les PME qu’ils consentent à démarcher sont celles référencées par les multinationales.

Les institutions de microfinance drainent des ressources significatives dans certains pays (Cameroun, Rwanda…) et constituent assez souvent la première étape vers la bancarisation. en Côte d’Ivoire, elles ont du mal à émerger. Ne peut-on imaginer des coopérations entre banques classiques et microfinance ?

Que faudrait-il faire ? Les idées ne manquent pas pour améliorer la bancarisation et certaines peuvent se concrétiser facilement : une bonne campagne de communication ; l’application de la directive 08/2002 de la Banque centrale des
États de l’afrique de l’Ouest (BCEAO) stipulant que toute transaction supérieure à 100 000 F CFA (environ 152 euros) doit être réalisée par chèque ou par virement ; la diminution du tarif de certains services de base (frais de tenue de compte, coût des cartes bancaires…). L »amélioration de l’accueil aux guichets est également importante afin d’attirer les populations. et enfin, tout simplement, l’innovation.

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