Crédit digital : des défis et des opportunités

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(MICROSAVE) – Nombreux sont ceux qui voient dans le crédit digital un levier pouvant améliorer l’inclusion financière des personnes non ou sous-bancarisées grâce à une technologie qui réduit les coûts de souscription et d’infrastructure. MicroSave suit attentivement la croissance du crédit digital en Afrique de l’Est et est optimiste quant à l’impact positif que ce nouveau service peut avoir sur les populations faiblement bancarisées, s’il est correctement structuré.

Dans l’étude “L’expérience client du crédit digital au Kenya” réalisée en 2017 (1), nous avons identifié de nombreuses opportunités d’amélioration dans la structuration des produits disponibles sur le marché kenyan. En outre, l’expérience kenyane offre des enseignements importants pour le développement de produits similaires sur d’autres marchés, notamment en Afrique de l’Ouest. Certains des défis que nous observons au Kenya résultent de produits non adaptés aux comportements et aux besoins des clients, de ventes trop poussées auprès d’utilisateurs mal informés, et de taux d’intérêt élevés. Il convient de prendre en compte les leçons tirées sur ces marchés pour développer des produits de crédit digital adaptés, efficaces et rentables

Concevoir des produits centrés sur les besoins des clients

L’un des points saillants que nous favorisons dans notre formation Concevoir Et Commercialiser Un Produit / Service En Finance Digitale est qu’il est essentiel de mieux comprendre les facteurs sous-jacents qui influent sur les comportements financiers des clients et développer des produits de crédit dans cette optique. Cette approche permet de stimuler l’utilisation et l’adoption plus rapidement, si le produit renferme une solution mieux adaptée que ce qui est aujourd’hui disponible sur le marché.

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Par exemple, les petits commerçants ont besoin de prêts pour une courte période et veulent rembourser immédiatement au lieu de conserver la liquidité. Les petites et moyennes entreprises (PME), dont les bons antécédents financiers sont de plus en plus souvent numérisés, recherchent des délais de remboursement légèrement plus longs. Hors aujourd’hui, la durée moyenne d’un crédit digital au Kenya est d’un mois. Les conditions de paiement doivent donc être adaptées en fonction des besoins des clients, qui varient d’un secteur d’activité à un autre.

Evaluer les risques associés à l’offre de crédit digital

Notre étude au Kenya a souligné de potentiels risques sur les prêts contractés par des clients de manière impulsive, sans nécessairement comprendre les implications d’être fiché interdit bancaire en cas de défaut de paiement. Au Kenya, il est assez fréquent de recevoir des promotions «push» agressives par SMS pour pousser les clients à solliciter un prêt, mais les termes et conditions générales du contrat ne sont pas toujours clairs. Hors, les répercussions sont majeures car en cas de retard de remboursement du prêt, les pénalités peuvent conduire le client à être fiché sur une “liste noire”. Aujourd’hui, près de 10% de la population adulte au Kenya (2,7 millions de personnes) est sur liste noire pour des encours de crédit de moins de 1000 FCFA! Lorsque les clients sont sur liste noire, ils n’ont plus accès au crédit formel pour une période de cinq ans dans l’ensemble du pays, toutes institutions confondues (2).

Evaluer le coût du crédit digital

Les taux d’intérêt sur le crédit digital sont relativement élevés, et parfois similaires aux pratiques des prêteurs informels. Il est évidemment risqué d’accorder un prêt sans informations suffisantes, ni contrepartie à un segment de clients sans antécédent bancaire. Mais il existe des opportunités (encore sous-exploitées) de déterminer un profil risque des clients sur la base des informations existantes (données financières, sociales) en partenariat avec des fintechs. Par ailleurs, depuis de nombreuses années, les opérateurs de téléphonie mobile (OTM) ont offert des prêts de crédit téléphonique, fait des transactions à partir de leur compte mobile money, et dans une certaine mesure permis aux clients d’épargner sur leur portemonnaie électronique. Toutes ces données peuvent être combinées et utilisées pour faire un scoring et proposer des crédits aux consommateurs avec des montants ou taux d’intérêt en fonction des résultats fournis par l’analyse de ces données.

Les opportunités dans la zone UEMOA

L’évolution de la technologie donne aujourd’hui beaucoup plus d’opportunités aux fournisseurs de services financiers digitaux dans le choix et le développement de leurs offres. Dans la zone UEMOA, la réglementation est encore timide vis-à-vis de cette innovation. Parmi les défis réglementaires, se trouvent le taux d’usure, l’émission de monnaies électroniques par les institutions de microfinance qui n’a pas encore vu le jour, et l’autorisation de faire des offres de crédits par les OTM et les fintechs.

Au-delà de ces défis réglementaires, il convient pour ces acteurs de concevoir des offres réfléchies, adaptées et diversifiées en fonction des clients ciblés pour avoir des solutions sur-mesure aux problèmes rencontrés. Pour développer des produits adaptés, il convient de commencer par comprendre les spécificités de chaque marché.

Inscrivez-vous à notre formation sur le Crédit Digital et rejoignez-nous au CESAG (Dakar) la semaine du 19 février ou encore la semaine du 27 avril en Côte d’Ivoire pour en savoir plus sur les différents modèles et approches du crédit digital ainsi que sur la conception de produits adaptés aux besoins des clients.

Elizabeth Berthe et Cheikh Ndiaye

www.institut-helix.com

1) Rapport encore inédit en Français, le rapport sera bientôt disponible sur le site microsavefr.net.

2) Cependant, il y a une possibilité de payer une amende de 12 000 FCFA en plus de la somme totale due pour sortir immédiatement de cette liste noire et ne pas attendre 5 ans.

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